Et Gazouillis naquit… Un accouchement fantasque !

Si vous avez suivi les différentes étapes de ma grossesse, vous savez donc à quel point la délivrance porte bien son nom pour moi… Si vous débarquez sur mon blog pour la première fois, je vous invite à une petite séance de rattrapage (ici, ici et ) pour pouvoir vous imprégner du contexte de cet article !

Je vous ai dit plusieurs choses hyper-méga-giga importantes :

1/ On m’a autorisé à me lever à 8 mois de grossesse (YOUPIIIIIIIII !!!!!),

2/ On m’a donné l’ordre d’accoucher AVANT mon terme (YOUPIIIIIIIII !!!!!),

3/ Parce que Gazouillis était GROSSE sa mère,

4/ Et que je n’avais PAS LE DROIT à la péridurale sa grand-mère !!!!

Je passe rapidement sur la phase où j’ai saoulé tout le monde à vouloir marcher tout le temps au rythme d’une baleine sur terre, les faux-travail (oui, « faux-travaux » ça fait moche) qui en résultaient, et les aller-retours aux urgences de la maternité qui en découlaient.

les copines de bidons

les copines de bidons

Voyez-vous, toutes les futures mamans ont peur d’une chose complètement absurde :

« Et si je ne reconnaissais pas les douleurs de l’accouchement, et que je loupais le coche pour la maternité, et que je me retrouvais à accoucher dans ma baignoire, dans la voiture, sur un arbre ? »

Du coup, pour les rassurer, à la maternité on vous donne quelques critères à remplir avant de s’auto-autoriser à paniquer.

1/ La perte du bouchon muqueux.

Vous ne savez pas ce que c’est ? Ce n’est pas une grande perte (Hahaha !). A priori c’est un truc dégueulasse qui sort de votre corps si glamour pourtant, composé de « glaires épaisses et brunâtres« . Pour le reste du film d’horreur, Google est votre ami hein…

2/ La perte des eaux.

Ça, à priori, c’est quand vous entendez *SPLASH* (ou pas) et que vous êtes toute mouillée sans vous souvenir d’avoir eu envie de faire pipi. Non, non, personne n’a jamais dit que c’était glamour un accouchement.

3/ Les contractions.

Mais pas que. C’est pas la fête du slip non plus !

Elles doivent être REGULIERES, DOULOUREUSES, et revenir TOUTES LES 5 MINUTES, avant de vous précipiter à la maternité.

Dans le cadre d’un « faux-travail », les contractions sont supposées être irrégulières, plus ou moins douloureuses et ne jouent pas sur le col de l’utérus. En gros, vous souffrez pour que dalle rien.

Dans mon cas, les contractions étaient douloureuses, régulières et revenaient toutes les 5 minutes. Et à chaque fois on me renvoyait chez moi. Au bout d’un moment on finit par ne plus y croire hein. Je me voyais même rester enceinte toute ma vie. *sanglots*

La meilleure amie de Gazouillis et le bidon énorme.

La meilleure amie de Gazouillis et le bidon énorme.

Quelques jours donc après le verdict (et 3 faux-travail), je m’en allais gaiement (à pieds), avec ma sœur, manger un repas délicieusement équilibré et pauvre en matières grasses. Un grec chicken-steack-escalope avec supplément oeuf et fromage, sans salade, sans tomates, sans oignons, sauce Cheezy-easy et barbecue, et frites of course ! Je ne sais pas si vous arrivez à percevoir l’émotion dans la description de cette douceur. J’en avais rêvé pendant toute ma grossesse, mais étant alitée, cette envie n’avait pu être assouvie.

Alors que nous arrivions péniblement, après 45 mn de marche (pour un trajet de 10 mn normalement) entrecoupées de contractions douloureuses (je vous ai dit que j’avais perdu tout espoir d’accoucher un jour) et donc de pauses, Le Mâle m’appelle pour me dire que ses parents sont en bas de la maison pour m’emmener manger… Adieu ô grec délicieux. Imaginez ma douleur de renoncer à cette explosion de saveurs ! Triste, frustrée, abattue, je renonce à refaire le trajet retour à pieds, et monte dans le bus.

Le repas se passe sans trop de surprises. Toujours des contractions, rien qui m’empêche de nourrir un estomac frustré. Nous rentrons à la maison, moi, décidée à prendre un bain pour stopper ce faux-travail de malheur qui m’a fait louper mon grec, les futurs grands-parents, légèrement inquiets, ma soeur et Le Mâle blasés.

Je plonge dans la baignoire. Ô douleur ! Au lieu de se calmer les contractions augmentent en intensité. je demande au Mâle de chronométrer. L’ A-N-A-R-C-H-I-E !!!! 10 mn d’intervalle, puis 4 mn, puis 6 mn, puis 2 mn.

Notez que Le Mâle était particulièrement blasé par tous ces faux-travail. C’est lui qui conduisait à chaque fois, c’est lui qui attendait, c’est lui qui stressait, le tout pour RIEN !

Le bain n’ayant aucun effet je décide de tenter de sortir de la baignoire avec un peu d’aide et d’aller m’allonger. A peine assise sur le lit, *contraction*, et là, *vomi*. Mon entrecôte à peine digérée et mes frites se sont échappées de mon estomac. J’ai à peine le temps de me remettre de cette régurgitation inattendue que rebelote !!!

Particulièrement alarmée, je demande au Mâle d’appeler la maternité à défaut d’y aller encore pour rien, ce qu’il fait, sans AUCUNE conviction…

– Bonjour, je vous appelle car ma femme a de grosses contractions très douloureuses mais irrégulières et vomi.

– Bonjour monsieur. Si elles sont irrégulières… *bruit de dégobillis en arrière-plan* C’est elle que j’entends ?

– Oui, oui…

– Vous devriez venir au moins pour un contrôle…

Je vous passe le trajet jusqu’à la maternité. C’est simple, à chaque contractions je vomissais…

20H15. Nous arrivons à la maternité. Je sors de la voiture. Contraction-vomi (juste devant la porte).

Une chaise roulante sort de je ne sais trop où, me voici transportée.

« Bonjour Madame E. (oui, j’avais le bonus fidélité aux urgences mater) On va aller en salle d’examen, regarder un peu ce col même si je doute que vous soyez entrain d’accoucher, et vous mettre sous monitoring pour être sur que le coeur de bébé supporte ces grosses contractions !« 

A peine la pression. Je m’installe douloureusement dans ces chaises de torture, un « haricot » posé sur la poitrine en cas de dégulis surprise. L’examen a duré une demie-seconde :

 » Bon Madame E., Je vous transfère tout de suite en salle de naissance (naissance, pas travail hein), votre col est ouvert à 3, vous êtes en train d’accoucher ! « 

En fait, je n’ai pas eu le temps d’être surprise. Je n’ai pas eu le temps de penser à lui demander d’aller chercher Le Mâle. Je n’ai pas eu le temps de penser à quoi que ce soit d’autre que ces contractions de ouuuuuufffff devenues régulières, espacées de 2 mn, et durant 1mn30. Soit 30s pour me remettre de la contraction et de la fatigue des vomissements inclus dans le pack. Je ne me souviens pas de grand chose pendant cette 1ère heure. Tout est flou. je ne sais pas à quel moment je me suis déshabillée pour me mettre en « tenue de combat », je ne sais pas à quel moment Le Mâle est entré dans la chambre. Je me souviens des anesthésistes.

Ah oui. Je vous l’ai dit, je n’avais pas le droit à la péridurale. Allergie aux morphiniques. Du coup pendant ma grossesse, mon anesthésiste et mon obstétricienne m’ont concocté un genre de péridurale sans morphiniques (avec anti-vomitif en bonus). Du paracétamol et du spasfon quoi, mais placé comme une péri. C’était ça ou du gaz hilarant. Comprenez que la perspective d’accoucher en riant me semblait particulièrement ridicule étrange.

Placé comme une péri, donc. C’est à dire que pendant cette première heure, ils ont débarqué dans la salle de naissance, m’ont placé en position « on-t’introduit-une-aiguille-géante-dans-la-colonne-vertébrale« . Visualisez. N’oubliez pas mon pack « contractions + vomi si affinités« . Visualisez l’immobilité nécessaire. Visualisez les spasmes. Visualisez le haricot. Je ne sais pas comment ils ont fait, mais ils l’ont fait. Bravo. Vraiment.

Pour autant, c’était du paracétamol. Et du spasfon. Reliés à une pompe. Mais du paracétamol et du spasfon. En cas de règles douloureuses, certains médecins prescrivent du paracétamol et du spasfon. J’aimerai savoir, QUI est ce que ça a déjà soulagé en cas de REGLES DOULOUREUSES ? et en cas d’ACCOUCHEMENT ? Ok.

Néanmoins cela a calmé les vomissements, Dieu merci !

Dans le processus de l’accouchement, le col se dilate à priori d’un centimètre par heure. Il doit atteindre 10 cm de dilatation pour que l’Alien puisse sortir, après être descendu dans le bassin blablabla. Ceci un résumé flou des explications de la sage-femme pendant le trajet jusqu’à la salle de naissance.

A la fin de cette 1ère heure, une autre sage-femme est venue examiner mon col.

« Oh ! Et bien vous êtes à 6 ! Ça va vite dis donc ! »

Effectivement, ça allait plutôt vite. Elle m’a expliqué qu’il était possible que la multiplication par l’infini de ma douleur soit justement due à la rapidité du travail. S-U-P-E-R. Membranes toujours en place, vomissements en stand-by. R.A.S.

La deuxième heure était plus sympa que la première, sans doute parce que je ne vomissais plus. Ca a été le moment des derniers ajustements : « Est-ce que tout est prêt à la maison ? » « Oui, tu risques de me noyer avec ton brumisateur si tu le fais non-stop en pleine contraction. » « Est-ce qu’on met un E à son prénom ou pas ? » « As-tu prévenu les parents ? » « J’en ai marre je veux qu’elle sorte ! » « J’ai faim. » « J’ai soif. » « T’imagines si ça dure 20H ? Genre MOI ils vont m’empêcher de manger et boire pendant 20H ?! Hahaha !!! » « Elle en fait du bruit la dame à côté dis-donc ! »

En soi, rien de très palpitant. A la fin de la deuxième heure, contrôle :

« Ne vous inquiétez pas pour la dame qui hurle à côté, elle extériorise sa douleur ! Ah ! Vous êtes à 8 ! Vu qu’elle n’a pas l’air de se décider à se percer, on va la rompre nous-même cette poche des eaux ! »

Pardon. Quoi ?????? Le temps de penser ça, elle se retrouve face à mes jambes écartées avec quelque chose ressemblant en tout point à un aiguille à tricoter. En moins de 10 secondes c’était plié. Je n’ai absolument rien compris. Je me suis juste sentie « chaude ». Elle recontrôle et s’exclame :

« Eh bien décidément ! Vous êtes à 9 ! »

En moins de 5 minutes. Juste comme ça. Bon, ok…

Là elle m’explique, en me tâtant mon bidon E-N-O-R-M-E , que là en revanche ça ne peut pas aller plus vite que la musique. La petite est beaucoup trop haute dans le bassin, et en plus elle est de travers. Elle me dit de compter au moins 5h pour qu’elle arrive en « bas », m’installe sur le côté un jambe dans l’étrier archi glamour , position censée faciliter la descente de l’Alien coincé. Avant de partir elle me dit quand même que malgré tout ce qu’elle vient de m’expliquer, si je sens une envie de pousser irrésistible, j’appuie sans aucune hésitation sur le bouton rouge. Elle sort.

A peine 5mn après sa sortie, je demande au Mâle d’appuyer TOUT DE SUITE sur le bouton rouge. Le Mâle tente de m’expliquer qu’elle a dit 5H en moyenne, qu’il faut que je me détende… De moins en moins détendue, je lui demande d’appuyer sur ce PUTAIN DE bouton rouge !

La sage-femme arrive quelque minutes après, un peu blasée quand même, et commence à m’expliquer tout en s’avançant vers mon intimité plus si intime que ça :

« Je sais que vous êtes impatiente mais il va falloir… Oh Mon Dieu on voit ses cheveux ! *retourne ma jambe toujours en l’air* Allez, hop Madame E. On y est, il va falloir vous concentrer, surtout ne poussez que quand je vous le dis, vous êtes une championne, blablabla… »

Le « blablabla » n’est pas juste là pour faire joli. C’est juste que mon cerveau a enregistré THE info, et le reste s’est évaporé. Et puis j’étais légèrement concentrée à ne pas pousser, pardonnez-moi.

A partir de là, concentration oblige, j’ai fermé les yeux. Je ne les ai ouvert que TROIS fois pendant toute la poussée.

La première fois, au lieu de la sage femme initialement laissée entre mes cuisses, j’ai découvert un dizaine de personnes.

 

« Mme E. vous vous débrouillez très bien. Seulement le bébé est coincé, il va falloir qu’on l’aide. Ca va vous faire très mal. »

Ah. Mais ils comptent l’aider comment, en fait ? Il n’y a pas de mots pour décrire la terreur qui m’a envahit quand j’ai compris qu’elle allait introduire ses DEUX PUTAINS DE BRAS à l’intérieur de moi. J’ai refermé les yeux.

« Quand je vous le dis vous poussez Mme E. On attend la contraction… Elle arrive… Vous êtes prête ? POUSSSEEEEZZZZZ !!!!!! »

Il n’y a pas de mots pour décrire cette douleur non plus. A vif. Non, le paracétamol et le spasfon n’y changeait rien. J’ai gardé les yeux fermés pendant qu’on m’ordonnait de pousser, encore et encore. Puis ils se sont tus, curieuse j’ai ré-ouvert les yeux juste à temps pour voir une paire de cisailles géantes se diriger vers mon intimité définitivement plus intime du tout. J’ai refermé les yeux. La douleur, encore. L’impression d’être écartelée, mais de l’intérieur.

« NE POUSSEZ PLUS Mme E. NE POUSSEZ SURTOUT PLUS. Sa tête est là. Attendez mon signal ! »

Sa tête est là ? Mais la tête de qui ? Oui, un petit moment de bug, l’émotion, la douleur, je ne sais pas trop. On me redemande de pousser, les yeux toujours fermés, je pousse.

 » Elle est là Mme E. Attrapez là ! »

Comment ça « Attrapez-là » ? C’est votre travail, non ? Bon, je me suis quand même exécutée, j’ai ouvert les yeux et je l’ai attrapé, aidé à arriver pour la première fois dans ce nouveau monde froid, blanc, sec. Ma fille était là. Elle était sur moi. C’était mon bébé. C’était notre bébé. Nous l’avions faite. Plus de douleur. Plus de stress. Des larmes sorties de je ne sais où pour dire, pour la première fois, bonjour à ma fille. Elle était belle. Et affamée. Posée sur ma poitrine, elle a trouvé le chemin jusqu’au sein toute seule. La digne fille de sa mère !

Elle est née à 8 mois, 3kg570 et 49 cm de pur bonheur !

Je finis ce texte il est 23H18. Gazouillis est arrivée un 9 Mars, à 23H18.

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3 réflexions sur “Et Gazouillis naquit… Un accouchement fantasque !

  1. Pingback: L’appel du ventre : angoisse et infertilité | Gribouillis & Gazouillis

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